Dans une interview accordée au site
Training
Academy , Frank Kuhn, l'ancien
préparateur physique de la SIG (et du
Racing Club de Strasbourg, LFB), évoque et
regrette le manque de préparateurs
physiques en Pro A, dont seuls trois
exercent à temps plein. Une des raisons,
selon ce spécialiste de la
préparation physique, de l'écart
qui peux désormais exister entre la Pro A
et d'autres grands championnats. Et qui freine
selon lui le développement du basket
français.
Extraits de cette interview très
enrichissante qui est a
retrouver en intégralité
ici.
"8 clubs sur 16 (cette
saison, ndlr), Hyeres-Toulon, Pau, Dijon, Paris,
Roanne, Le Havre, Nancy, sont de mauvais
élèves avec à ma connaissance
aucun préparateur physique salarié
par le club et rien de visible sur leur site. Puis
on a Gravelines qui travaille avec Arnaud Ferec
mais uniquement en pré-saison. Strasbourg
emploie Terrick Nerome avec une action sur le
centre de formation mais limitée sur les
pros. Le Mans travaille avec Alexandre Bertrand
(je ne connais pas son niveau d’implication
à l’année), à Chalon
c’est Emmanuel Pinda qui sait bien de quoi
il parle mais qui est surtout salarié comme
assistant coach, idem à l’Asvel avec
Fabrice Serrano qui est bien qualifié mais
coach aussi les Espoirs. Seuls Orléans
(Nordine Attab), Cholet (Germain Bondu) et
Nanterre (Vincent Dziagwa) emploient des
préparateurs physiques à temps
plein.
Officiellement les coachs pros
donnent l’impression d’admettre
qu’ils n’ont pas de compétence
en préparation physique mais très
peu de préparateurs physiques
intègrent leurs staffs, pourquoi ?
Parce que beaucoup de coachs pensent encore que
l’on peut se préparer physiquement
uniquement avec le jeu (Hyères-Toulon,
Dijon, Nancy, Gravelines, Strasbourg, Limoges,
j’en oublie) ou avec des
modélisations du
jeu.
Parce qu’il n’y a pas
non plus d’obligation pour les clubs, le
statut du préparateur physique
n’existe pas. Seul la LNB (Ligue Nationale
de Basket-Ball) peut imposer aux clubs de salarier
un préparateur physique, mais à la
LNB ce sont les présidents de club qui
décident.
Urgent que ça change car
le basket français n’évolue
pas. Avec les joueurs NBA venus en France nous
avons pris un Kiss Cool, et nos équipes
n’ont toujours pas le niveau du Top16, notre
championnat n’est pas attractif comme le
championnat Espagnol.
Mon idée c’est qu’il
y a une réelle carence dans la formation
des coachs, jamais sensibilisés sur la
préparation physique, tout le monde se
rassure sur le technico-tactique parce que
c’est quelque chose que l’on
maîtrise bien en France. Or n’imaginez
pas une ligue professionnelle de foot sans
préparateurs physiques (...).
Dans les autres sports
collectifs en France il y a des
préparateurs physiques (Foot, Rugby,
Handball).
Le physique est prit à la
légère pourtant les meilleurs
résultats se font avec les équipes
les plus physiques. Cholet a fait un bon parcours
en Euroligue + Championnat parce que Kunter place
le préparateur physique au centre de son
fonctionnement. Le physique permet
d’être bon, les
« Monschau » recrutent des
joueurs à fort potentiels qui sont
« physiques », le poste 3 de
Jean-Luc Monschau fut successivement Batum,
Darden, Greer. Idem à Gravelines,
c’est recruté
« physique », Christian
Monschau fait jouer Bokolo sur ses qualités
de vitesse de drive, Issa Dounia, Pape Sy, Albicy
sont physiques (le scandale c’est de penser
que c’est un acquis marchand et d’en
user sans s’en occuper). Quand tu regardes
un match NBA des années quatre-vingt-dix et
d’aujourd’hui, on peut affirmer que le
physique a fait évoluer le jeu.
Les coachs devraient se dire, je
veux prendre un préparateur physique pour
que mes joueurs réussissent à faire
tous ce que je leur demande. L’exigence doit
partir de là, regardez l’Euroleague
les joueurs courent plus vite et sont
musculairement plus puissants qu’en PROA
mais ils sont tout de même très
adroits, au Last 16 Euroligue 2010-2011 tu as 31
joueurs à plus de 60% de réussite
à 2pts contre seulement 6 sur la PROA pour
le même nombre d’équipes. A
l’Euro, l’équipe la plus
adroite à 2 points est encore une
équipe physiquement dominante, la Turquie.
Inversement, un joueur maladroit c’est
parfois aussi un joueur qui n’est pas
prêt physiquement, un joueur dont les
démarquages ne lui ouvrent pas une bonne
fenêtre de tir par exemple. Le manque
d’adresse peut s’expliquer aussi par
le physique. Des équipes qui ont des
joueurs dominants physiquement vont marquer plus
de points. On ne peut répéter les
attaques du cercle en dribble, si physiquement on
n’est pas prêt à
l’attaquer, le rebond, les prises de
positions préférentielles, le
carburant de ces éléments là
c’est le autant physique que mental.
Le paradoxe c’est que les
joueurs sont demandeurs, les joueurs
américains sont éduqués sur
l’engagement physique et pour les
entraîneurs universitaires le physique fait
parti de la formation du joueur. Quand ils
arrivent en France, ils sont surpris par les
consignes des coaches, on leur donne des
prérogatives technico-tactiques, alors
qu’étonnamment les clubs
s’attendent à ce qu’ils aient
un impact physique, on recrute les
américains parce qu’ils sont
physiquement prêts et qu’ils vont
dominer, mais on ne les entraîne pas pour
ça.
La majorité des
équipes PROA développent un jeu
autour d’un jeu collectif
« playstation », comme le
dit Jérôme Rosenstiehl, manager
délégué de la SIG
à Strasbourg, qui ressemble souvent
à de belles chorégraphies, bien
éloignées de la recherche
d’efficacité.
Le premier signal physique
visible dans le jeu collectif est la vitesse qui
impacte la contre attaque, le jeu de transition et
le repli défensif. D’après une
analyse de Yacine Aouadi, coach et
responsable technique de l’ASS Lagnieu N3,
sur le dernier Euro l’Espagne est
l’équipe qui joue le plus de
possessions en attaque (77), malgré ses
intérieurs grands et lourds qui ne
ralentissent pas le jeu, la France joue en 70
possessions, l’équipe qui joue le
moins de possessions est la Belgique,
réputée pour ne pas être
athlétique, avec 67.
En France lorsqu’on
à eu des choses intéressantes il y a
avait toujours une forme d’intensité,
il y a eu Roanne et Choulet qui développait
son jeu rapide et de transition, son équipe
de runners l’année du titre, Salyers,
Harper, Spencer n’étaient pas que des
joueurs adroits, mais des joueurs qui couraient.
Est-ce qu’on a aujourd’hui en PROA des
équipes fortes en transition ? On a
Gravelines, Nancy, ces équipes sont dans le
top 4 français, sur le championnat NBA on a
beaucoup d’équipes qui jouent vite,
l’équipe nationale (qui est la
contradiction du championnat de France PROA) joue
vite."
La suite et la fin de l'interview
est à lire ici.